Nous sortîmes de la nuit pour voir les étoiles

enfant tombe

(Un projet de film documentaire de création en développement)

( 90 min)

 

 

Il faut beaucoup de chaos en soi

pour accoucher d’une étoile qui danse.

(Nietzsche)

 

Les intentions:

 

Le désir de ce film est né de la cristallisation d’une suite de rencontres et de chocs émotionnels, dont l’enjeu central est la renaissance collective et individuelle au Cambodge après la chute des Khmers Rouges. Il a pour protagonistes d’anciens enfants des rues qui ont connu la résilience.

Tel un conte merveilleux, une belle histoire, il raconte le cheminement de ces enfants du chaos à la vie, du « trauma » à la « renaissance ».

 

Qu’est- ce qui m’a touché au fond, m’anime, me passionne aujourd’hui encore ?

La beauté, cette beauté qui a échappé à la destruction des khmers rouges et que j’ai ressentie comme unique au monde.

La joie aussi, celle d’un peuple incroyablement gai et enfantin, qui pourtant sort du chaos.

 

Interroger ce génocide, c’est se confronter aux démons, aux fantômes qui sont à l’origine d’un trauma collectif et individuel, mais c’est aussi, plus largement, poser la question des cycles : de la mort à la vie, de l’ombre à la lumière, de la destruction à la création.

 

A travers le sujet de la résilience au Cambodge, qui est au cœur du film, se joue aussi celle de tout un chacun.

 

Ma rencontre avec le Cambodge et la naissance du désir de film :

 

C’est en Janvier 2011 que j’arrive pour la première fois au Cambodge. Missionné en tant que chef opérateur pour une chaîne de TV européenne, je dois réaliser cinq reportages courts en sept jours.

Quatre autres séjours plus récents, jalonnés de rencontres, viendront ensuite tisser la trame de ce film.

 

Ma première rencontre : le Cambodge

2011 : Arrivés à Phnom Penh nous sautons dans un tuk-tuk. En avant dans le grand bal des mobylettes. Ils sont parfois quatre ou cinq par engins. Un travelling à l’air libre, nous roulons de concert avec eux. Au-delà du cliché, je suis fasciné par leur beauté et les bouts d’histoires que j’entrevois déjà.

 

C’est à ce moment-là, je crois, que tout commence.

Ce pays me touche en plein cœur. Pourquoi ?

Il me faudra plusieurs années et tous ces séjours successifs pour trouver une réponse.

 

Dans l’avion, au retour de ce périple, je décide de revenir deux mois plus tard.

Nous n’avions pas eu le temps d’aller à Battambang, tourner le dernier reportage sur l’école d’art Phare Ponleu Selpak (« Lumière de l’art » en khmer), dans l’ Ouest du pays.

J’avais entendu parler quelques années plus tôt de cette école, lors du tournage d’un documentaire que je réalisai sur les arts de la rue, une intuition forte et inconsciente me poussait à découvrir ce lieu.

 

Cette fois-ci, j’avais le temps, le temps de la rencontre avec ce pays qui m’avait touché…réveillé peut-être ?

 

Ma deuxième rencontre : l’École Phare Ponleu Selpak à Battambang

J’arrive dans la cour centrale de l’école Phare : trois personnes assises dans l’herbe jouent d’une petite flûte et d’un xylophone. J’entrevois des adolescents qui s’exercent au trampoline pendant que d’autres jonglent dans une magnifique salle en bois, d’autres encore dessinent sous les arbres. Là, je lâche prise… Je me laisse aller dans cette position du spectateur ébahi : j’assiste à une sorte de conte où tous les petits personnages préparent un immense spectacle, joyeux, poétique et libre.

Il se dégage de cette école hors normes une énergie de vie, de créativité, unique.

 

C’est en 1986 que naît cette école Phare Ponleu Selpak.

Sous l’impulsion du père Pierre Ceyrac, une jeune professeure française de dessin Véronique Decrop, met en place des ateliers dans le camps de réfugiés «Site 2».

C’est à moment là, un énorme campement, au coin d’une forêt, à deux kilomètres de la frontière Cambodgienne et à trois cents kilomètres à l’est de Bangkok. C’est là que vivent depuis la fin des Khmers Rouges 170 000 personnes. C’est aussi la deuxième ville khmère dans le monde après Phnom Penh.

En 1993, à la fermeture des camps, elle décide de créer à Battambang avec 9 de ses élèves l’association Phare qui deviendra plus tard Phare Ponleu Selpak.

L’idée fondatrice est simple : un projet articulé autour de l’identité culturelle khmère et des besoins de l’enfant avec pour principes l’amélioration des conditions de vie des habitants, et l’accueil des enfants des rues pour leur permettre de se former et de retrouver l’estime de soi à travers l’art.

(annexe (1) – de l’école de dessin à Battambang)

 

Je réalise à quel point ce lieu représente bien plus qu’une école. Il se joue ici quelque chose qui dépasse très largement le cadre éducatif, quelque chose d’extrêmement vivant où tout le monde s’affaire à une reconstruction commune.

 

 

Ma troisième rencontre : le Théâtre du Soleil

Le lendemain, dans cette même cour, je croise Georges Bigot, metteur en scène et comédien très connu en France (1).

Il me demande ce que je fais là, je lui rétorque : « et toi ? »

Missionné en tant que metteur en scène par Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, il vient régulièrement à Phare depuis trois ans pour la création d’une pièce de théâtre, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (2), écrite par Hélène Cixous et mise en scène à Paris par Ariane Mnouchkine en 1985.

Trente ans après, Georges recrée au Cambodge, avec trente jeunes adultes khmers, dans leur langue, cette pièce de 2 fois 3 heures.

Cette fable shakespearienne monumentale nous plonge dans l’histoire contemporaine et sanglante du Cambodge. On y voit Sihanouk arriver au pouvoir, le fantôme de son père l’épauler, Saloth Sar devenir Pol Pot, Kissinger et Kossyguine pousser leurs pions, et, comme eux, la Chine, le Japon, le Vietnam s’opposer ou s’allier au fil d’intérêts économiques et politiques qui feront par la suite du Cambodge une terre de génocide.

 

Georges m’ouvre les portes de son lieu de répétition.

J’ai du temps. Je m’installe en silence et je commence à filmer. Tous les comédiens sont issus de milieux très pauvres, certains ne savent ni lire ni écrire. L’histoire de ce pays a été anéantie et ces enfants ne la connaissent pas. Déjà dans ces scènes de répétition on voit quelque chose de l’ordre du sacré se dérouler, une parole brisée qui est redonnée aux enfants mêmes des victimes du génocide.

Je me rends compte petit à petit que je suis le témoin d’un événement très fort. Un événement à bien des égards considéré comme historique. Le théâtre se faisant ici le témoin d’une mise en abyme de l’Histoire cambodgienne, à la fois narrée par la pièce et réactualisée par les enfants mêmes du génocide – lesquels se la réapproprient et, en quelque sorte, la restituent à leur propre pays. Je filme la catharsis.

 

Puis l’année suivante, comme si j’étais aimanté par ce projet, je les suis partout avec ma caméra, pendant plusieurs mois, lors leur première tournée en France.

 

Lentement je commence à rentrer dans l’histoire complexe de ce pays, dans l’âme de ce beau peuple.

Georges Bigot, au commande de ce gros bateau de théâtre, ne cesse de me dire :

« Depuis qu’on va au Cambodge, depuis 2007, depuis qu’ils se sont appropriés le spectacle, j’ai compris à quel point ce spectacle me dépasse, l’histoire nous dépasse, la vie nous dépasse… Tout cela est plus grand ».

 

Cette vision des choses résonne en moi et me donne envie d’élargir le propos du film. Je veux témoigner de ce qui se joue, bien au-delà de la pièce, dans cette école.

Pour cela je sens qu’il faut revenir aux sources, creuser, revenir au « trauma ».

(annexe 1-l’arrivée des Khmers Rouges au Cambodge.)

 

Ma quatrième rencontre : les dessins d’enfants

 

En septembre 2013, c’est la fin de la deuxième tournée de la pièce de Sihanouk, qui s’achève à la Cartoucherie de Vincennes.

J’assiste à la projection du film Ombre et Lumière réalisé 20 ans plus tôt par Véronique Decrop en présence d’Ariane Mnouchkine.

Je découvre dans ce film tourné en 16mm les premières images des camps, des ateliers de dessins à Site 2. Les images sont fortes, les dessins puissants.

Dès le lendemain je décide de rencontrer Véronique Decrop.

 

Deux mois plus tard, je rencontre Véronique Decrop dans son petit atelier d’artiste peintre sur le port de l’Estaque à côté de Marseille.

Pour rentrer chez Véronique il faut passer par son atelier, au fond d’une cour.

Après qu’elle m’invite à monter au deuxième étage, mon regard se fige sur les 5 ou 6 grosses caisses en bois de deux mètres par deux, avec des inscriptions en Khmer.

 

Mon cœur bat fort, je sens bien à ce moment que ma quête touche à son but ?

Elle me confirme que ce sont bien dans ces caisses que sont conservées les œuvres des enfants du camp « Site 2 ».

Elle ouvre avec difficulté et une grande délicatesse, l’une d’elles et en sort une magnifique aquarelle encadrée :

 

Le Temple d’Angkor, Sophearoat, 1987, Site 2

 

« Roat, 10 ans, a réalisé cette aquarelle au cours de sa « période jaune ».

Le temple d’Angkor, qu’il n’a jamais vu si ce n’est sur les représentations extrêmement détaillées qu’en faisaient les artistes de Site 2 : toujours la même vue reproduite par système de quadrillage, dans des couleurs « chromos » de plein soleil.

Mais Sophearoat peint le temple sur fond de soleil couchant et c’est déjà presque un sacrilège : le soleil ne se couche pas sur Angkor, il se lève !  Il le fait basculer sur la ligne d’horizon,  transforme les tours en obus (c’est encore plus clair pour les parties qui sont déjà dans la chute – celles dans l’autre moitié gardent encore du relief), et plonge la tour centrale dans une grande ombre noire. Mais dans tout ça, il ménage une toute petite porte blanche qui figure l’espoir.

En une seule image, Sophearoat réunit à la fois son expérience de vie et celle de son pays ! »

 

 

Une boucle se bouclait. Quatre voyages de douze mille kilomètres m’avaient été nécessaires avant cette nouvelle rencontre qui me rapprochait du trauma d’origine

Les repérages nécessaires à l’écriture du film, nourris de toutes ces rencontres et ces étapes pouvaient enfin prendre corps. Restait à construire l’histoire de ce conte merveilleux, de cette résilience, de ce mouvement de renaissance qui s’est joué dans l’histoire terrible et contrastée du Cambodge et qui touche à l’universel.

 

VIDEO 1 (RECHERCHE DU DISPOSITIF):

 

PRESENTATION

VIDEOS 2 (RECHERCHE DU DISPOSITIF):

LE DESTIN TERRIBLE ET INACHEVÉE DU ROI NORODOM SIHANOUK 2013:

 

PHARE PONLEU SELPAK

 

RESILIENCE:

 

SAMNENG:

 

ALINE:

 

 

MANEGE:

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Article de presse sur le projet:

http://www.lezebre.info/derriere-le-rideau-orange.html – .UmhQCSRKaaw

http://www.courrierinternational.com/article/2011/11/18/la-piece-qui-veut-panser-les-plaies-du-cambodge

1) Reportage sur l’école Phare Ponleu Selpak (Euronews-2011):

http://www.ericchevillard.com/?page_id=519

Photos: Phnom Penh 2011

http://www.ericchevillard.com/?page_id=623

http://www.ericchevillard.com/?page_id=396

Battambang 2013

http://www.ericchevillard.com/?page_id=684

Article de presse sur la pièce du Théâtre du Soleil:

http://sihanouk-archives-inachevees.org

Théâtre du soleil

http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/index.php

TELERAMA

http://www.telerama.fr/art/l-histoire-terrible-mais-inachevee-de-norodom-sihanouk-roi-du-cambodge,75478.php

COURRIER INTERNATIONAL

http://www.courrierinternational.com/article/2011/11/18/la-piece-qui-veut-panser-les-plaies-du-cambodge


Autour de la pièce:

Phnom Penh
FRANCE: Théâtre du Soleil – Cartoucherie de Vincennes